Article de J.P. Matheron 24/04/2026
LIRE LE GREAT RESET
A l’heure où une immense pénurie se profile en raison de la guerre au moyen orient, Macron a déclaré que c’était une opportunité pour accélérer la transition énergétique.
En 2020, le livre COVID19 : The Great Reset disait la même chose à propose de la crise Covid.
Même si ce livre date de bientôt six ans, il n’a rien perdu de son actualité car il constitue le ciment de l’idéologie de l’Union Européenne. C’est pourquoi il m’a paru utile d’en faire une lecture commentée, en dehors de tout fantasme « complotiste ».
Vous trouverez ci-dessous l’essentiel de ce qu’il faut retenir. Si, toutefois, vous avez quelques doutes concernant mes propos, je vous invite à télécharger le PDF pour vérifier par vous-mêmes.
1) Analyse de la lecture de COVID-19 : The Great Reset
Un faux procès au Great Reset mais, au contraire, une proximité idéologique avec la gauche progressiste
Ceux qui croient que Davos ou l’UE veulent privatiser les services sociaux et favoriser les riches au détriment des pauvres se trompent complètement.
« Avant tout, l'ère postpandémique inaugurera une période de redistribution massive des richesses, des riches vers les pauvres et du capital vers le travail. Ensuite, la COVID-19 sonnera probablement le glas du néolibéralisme, un corpus d'idées et de politiques que l'on peut librement définir comme privilégiant la concurrence à la solidarité, la destruction créative à l'intervention gouvernementale et la croissance économique au bien-être social ».
Nous avons constaté la proximité idéologique avec la gauche progressiste( y compris l’écologie politique) : transfert de richesses des riches vers les pauvres et du capital vers le travail, impôts et taxes, assurances sociales, sécurité sociale mais aussi croyance absolue au péril climatique avec un besoin d’étatisme ou de supra étatisme très fort (par exemple, planification de la transition écologique, comme dans le programme de la France insoumise) ; tout cela avec un artifice rhétorique consistant à fustiger le libéralisme en l’accusant de néolibéralisme afin de promouvoir – inversion du sens des mots – plus d’étatisme régulateur tel que pratiqué par le…néolibéralisme.
Pour la gauche progressiste, il s’agit d’une justification morale servant de levier pour la conquête du pouvoir.
Chez Schwab et Malleret – et c’est peut-être la différence – il s’agit de sauver ce qu’il est possible des profits de la mondialisation par la stabilisation sociale, tout en prônant une approche philanthropique et « inclusive » ; une manière de se donner bonne conscience.
De facto, les auteurs appartiennent à une gauche progressiste néolibérale qui cherche à se justifier et à se maintenir.
Stabilisation sociale (ou paix sociale)
La mondialisation a eu des conséquences désastreuses sur les pays occidentaux par ses « effets asymétriques » (délocalisations, désindustrialisation et chômage), ce qui a eu pour résultat de déclencher un réveil des nationalismes et des colères populaires (la montée des « populismes »). En outre, le déploiement des technologies va créer une nouvelle armée de chômeurs et donc un risque de « troubles sociaux ».
« Dans certains pays, cette exaspération généralisée a pris la forme de manifestations pacifiques ou violentes ; dans d'autres, elle a conduit à des victoires électorales de partis populistes et extrémistes. Quelle que soit sa forme, dans presque tous les cas, la réponse de la classe dirigeante est restée insuffisante - mal préparée à la rébellion et à court d'idées et de leviers politiques pour résoudre le problème ».
Il faut donc prendre des mesures fortes pour endiguer l’agitation des pauvres (impôts, endettement, planche à billets, hélicoptère monétaire) et stabiliser le système face à cette ébullition – certains diront comme moi : acheter la paix sociale (du pain et des jeux) - en attendant d’obtenir de la « valeur à long terme ».
La valeur à long terme
Celle-ci pourrait venir d’investissements dans la lutte contre le péril climatique avec l’aide de la technologie.
« Un document politique préparé par Systemiq en collaboration avec le Forum Économique Mondial estime que la mise en place d'une économie favorable à la nature pourrait représenter plus de 10 000 milliards de dollars par an d'ici 2030 ».
Ces investissements seront imposés de manière autoritaire par les (supra) états collaborant avec des fonds (comme BackRock) ou des grands groupes convertis à l’orientation « ESG », dans des « partenariats public-privé », avec le soutien de « militants » organisés (ONG) financés discrètement (ou non) par ces (supra) états, ces fonds, voire ces grands groupes. Ils appellent tout cela le « capitalisme des parties prenantes ».
Convergence des luttes
Ainsi, la vision des auteurs dessine une convergence objective entre élites économiques mondialisées et gauche progressiste autour de deux principes centraux : la justice sociale et l’urgence climatique.
« Un groupe de militants écologistes pourrait manifester devant une centrale électrique au charbon pour exiger une meilleure application des règlements en matière de pollution, tandis qu'un groupe d'investisseurs ferait de même dans la salle du conseil d'administration en privant la centrale de son accès aux capitaux. »
Cette citation où militants écologistes et investisseurs agissent dans le même sens — les uns par la pression réglementaire, les autres par la pression financière — illustre cette logique. Activisme culturel et capital financier deviennent complémentaires. Les premiers invoquent la norme ; les seconds orientent les capitaux en fonction de cette norme. Bien que mus par des motivations différentes, les deux capturent les pouvoirs publics en imposant celle-ci.
« Dans un revirement surprenant et soudain, l'idée, qui aurait été un anathème il y a encore quelques années, selon laquelle les gouvernements peuvent promouvoir le bien public tandis que des économies à la dérive, sans supervision peuvent faire des ravages sur le bien-être social, pourrait maintenant devenir la norme. Sur le cadran qui mesure le continuum entre le gouvernement et les marchés, l'aiguille s'est sans aucun doute déplacée vers la gauche ».
Il s’agit de normes qui entravent le fonctionnement libre du marché – Je pense à la future interdiction des voitures thermiques, à l’interdiction de louer des « passoires thermiques » ou à l’interdiction de certaines voitures dans les centres-villes ou encore à la réduction des cheptels et bien entendu à de lois fiscales (« faire payer les riches »).
Le livre souligne ainsi la proximité idéologique, dans une logique de pouvoir (soit à conquérir, soit à préserver, selon le cas)., entre la gauche progressiste et les élites mondialisées également progressistes (souvent confondues en pratique, par exemple Thierry Malleret, ancien conseiller de feu l’ex premier ministre socialiste Michel Rocard, ou autrefois Strauss-Khan, ou encore Pedro Sanchez ou Starmer – ce n’est pas une attaque personnelle mais juste un constat factuel).
Une sincérité face à des risques existentiels
L’axe premier de ce nouveau capitalisme socialiste promu par ce livre est le risque existentiel et mondial du changement climatique mais aussi le risque pandémique ainsi que les risques sociaux et sociétaux.
Il n’est pas question ici de remettre en cause la sincérité de Schwab et Malleret. Sans doute sont-ils persuadés de l’imminence du péril climatique (croyance largement partagée) ou des risques pandémiques (également partagée). Sans doute sont-ils vraiment offusqués de l’inégale répartition des richesses susceptible de déstabiliser les institutions. Sans doute croient-ils vraiment à leur jargon de cabinets de conseil (« un monde plus inclusif et plus durable »).
Mais ils ont une vision globaliste (face à des menaces « existentielles » sur toute la planète), donc mondialiste, celle des « grands de ce monde » qui fréquentent le forum de Davos (y compris des dirigeants d’ONG comme Oxfam ou des leaders chinois comme Xi jing Ping) et qui ont des intérêts à défendre.
Les intérêts de l’élite mondialisée
Leurs idées généreuses ne peuvent être dissociées des dits intérêts et des opportunités qu’apportent ces « périls existentiels » en matière de rentabilité pour les élites de Davos : concernant le péril climatique, gagner de l’argent avec le vert subventionné (éolien, solaire, voiture électrique, économie circulaire, protéines alternatives, etc…), mais aussi, concernant le risque pandémique, gagner de l’argent avec les vaccins et les technologies ARNm ou la médecine connectée. Enfin, comme la technologie est un élément important de la « croissance verte et inclusive », Big Tect pourra également gagner beaucoup d’argent. Mais au-delà des profits (qu’ils repoussent théoriquement au long terme tout en bénéficiant des commandes et subventions publiques), il y a la satisfaction morale d’œuvrer pour le bien et d’en tirer notoriété et bonne conscience, justifiant ainsi l’exercice d’un pouvoir diffus sur le culturel, l’économique et le politique qui n’est autre que de la domination.
Solutions verticales
Les auteurs souhaitent une forte intervention des gouvernements et donc un rôle prépondérant de l’état qui devrait conduire à une économie administrée et à une régulation totale des marchés.
« Pour toutes les raisons développées dans le premier chapitre, la COVID-19 a réécrit de nombreuses règles du jeu entre les secteurs public et privé. Dans l'ère postpandémique, les entreprises seront soumises à une ingérence gouvernementale beaucoup plus importante que par le passé »
Cependant, comme nous l’avons vu, le pouvoir de l’état s’exercera en parfaite symbiose avec de grands groupes multinationaux et en convergence idéologique avec des organisations « activistes ».
Les solutions envisagées sont donc des solutions verticales, c’est-à-dire venues d’en haut (états, UE, grands fonds comme BackRock ou Vanguard, ONG), donc d’un capitalisme de connivence au sommet par des « partenariats public-privé » et d’une forme de socialisme à la base, constitué d’aides sociales issues d’argent magique pour une survie dans une croissance découplée des ressources c’est-à-dire « le bien-être » dans le rationnement.
Il ne s’agit donc pas du tout de solutions libérales contrairement à ce que croient beaucoup de gens.
Le socialisme à la base dans la sobriété heureuse
Du bien-être, sans doute, mais tous ne profiteront pas de la rentabilité des « investissements durables et verts ». Pour la majorité, malgré les aides sociales issues de la dette et des impôts, ce sera « la fin de l’abondance », la sobriété heureuse, la fin de la dictature du PIB, car il faut sauver la planète.
« Cela pourrait être amené à durer, nous incitant à laisser de côté tout ce dont nous n'avons pas vraiment besoin et mettant en marche un cercle vertueux bénéfique pour l'environnement ».
En effet, il n’y aura pas beaucoup d’argent pour tout le monde (ni de voitures électriques), puisque ce modèle, fondé sur des subventions financées par un maximum d’impôts et d’endettement, ne créera pas de vraies richesses, les petites entreprises, sur qui pèse l’impôt, étant appelées à à diminuer ou à disparaître.
« Les grandes entreprises deviendront plus grandes tandis que les plus petites diminueront ou disparaîtront ».
Les vrais créateurs de richesses seront de plus en plus taxés (faire payer les privilégiés) et les gens ordinaires se contenteront de la marche ou du vélo dans la bonne humeur.
Pour une société de surveillance
Si les aides sociales ne suffisent pas à contenir les « populismes », les auteurs approuvent, malgré leurs timides réserves, le traçage et la surveillance numériques et donc la censure et l’exclusion sociale.
« Les scénarios dystopiques ne sont pas une fatalité. Il est vrai qu'à l'ère postpandémique, la santé et le bien-être des personnes deviendront une priorité beaucoup plus importante pour la société, c'est pourquoi le génie de la surveillance technologique ne sera pas remis dans la bouteille ».
Soit vous vous soumettez et vous aurez droit aux « filets de sécurité » grâce à l’argent magique, soit vous préférez la liberté et, grâce à la surveillance technologique, serez socialement exclus.
2) Vers la conclusion
Pensée unique
La pensée des auteurs est supposée refléter la seule vérité et prétend s’appuyer sur la Science (consensus scientifique sur les vaccins ARNm – consensus qui, depuis, a été fragilisé -, et consensus scientifique, encore très solide, sur le caractère anthropique du changement climatique et de la nécessaire décarbonation).
Sans prendre parti dans ce débat scientifique, je tiens juste à rappeler que, selon Karl Popper, une théorie ne peut être qualifiée de scientifique que si elle est réfutable (Conjecture et Réfutation). Le débat scientifique doit donc accepter la contradiction. Plus généralement, aucune théorie n’est jamais définitive et le doute, non seulement est légitime, mais est nécessaire. Prétendre le contraire ne relève pas d’une démarche scientifique et conduit à la confusion entre Science et Croyance. Il ne peut pas y avoir de consensus scientifique définitif et l’expression de la réfutation est la clé de la méthode scientifique.
Or la pensée dont nous parlons ici est exclusive de toute autre pensée jugée dissidente. Elle ne tolère pas la contestation. Les progressistes (militants comme milliardaires) veulent donc supprimer ce qu’ils considèrent comme désinformation. En conséquence, la contradiction n’est plus acceptable et la censure n’est pas loin.
Un modèle totalitaire
Le modèle proposé par Schwab et Malleret ne constitue ni un complot secret ni un programme autoritaire explicite. Il s’agit d’une doctrine assumée, argumentée et publiée, qui propose une reconfiguration systémique du capitalisme à l’ère des risques jugés existentiels et globaux par les auteurs.
Cependant, l’architecture normative qu’il dessine présente un caractère totalitaire au sens philosophique et systémique du terme.
Cette qualification ne renvoie pas aux formes historiques du totalitarisme du XXe siècle, fondées sur la terreur et la violence de masse. Elle renvoie à une dynamique plus subtile : la prétention à organiser l’ensemble des sphères de la vie sociale ou privée autour d’une finalité unifiée considérée comme moralement indiscutable.
Trois éléments structurants permettent de fonder ce diagnostic :
· Unification des fins collectives.
L’économie n’est plus orientée prioritairement vers la pluralité des préférences individuelles, mais vers des objectifs normatifs globaux définis comme existentiels (justice sociale, décarbonation, résilience sanitaire). Ces finalités deviennent supérieures aux mécanismes spontanés du marché.
· Intégration des sphères de pouvoir.
Le modèle repose sur une convergence fonctionnelle entre autorités publiques, grandes institutions financières, grandes entreprises technologiques et réseaux normatifs (ONG, activisme). La régulation, l’allocation du capital et la pression culturelle tendent à agir dans une même direction stratégique.
· Infrastructure technologique permanente.
L’irréversibilité des dispositifs de surveillance numérique transforme l’exception en structure. La question n’est plus celle de l’installation d’un pouvoir technique, mais celle de la gestion des libertés devenues dépendantes de l’acceptation d’un consensus scientifique.
Ce système ne supprime pas formellement la pluralité. Il la conditionne. Il ne repose pas sur la coercition visible, mais sur la structuration des incitations, des normes et des flux financiers. La dissidence n’est pas nécessairement interdite ; elle peut devenir économiquement ou socialement marginalisée ou invisibilisée.
C’est en ce sens que l’idéologie exposée est totalitaire : elle tend à subordonner la totalité des mécanismes sociaux à un projet normatif global, en réduisant progressivement les espaces d’autonomie spontanée.
Le danger ne réside pas dans l’intention déclarée des auteurs, qui se présentent sincèrement comme soucieux du bien commun. Il réside dans la logique structurelle d’un système où la coordination politique, financière et technologique converge vers une même direction normative, rendant de plus en plus difficile l’existence d’alternatives réellement indépendantes.
Ce modèle peut être décrit comme un capitalisme de connivence normatif : un système hybride où le marché devient dépendant de la validation réglementaire et culturelle, tandis que la régulation s’appuie sur la puissance du capital mondialisé et de la technologie pour atteindre ses fins.
Il ne s’agit pas d’une domination frontalement brutale. Il s’agit d’une dynamique totalisante où un pouvoir vertical diffus s’immisce dans tous les aspects de la sphère privée.
Conclusion
C’est certainement avec sincérité que les deux auteurs ont contribué à la formalisation de ce capitalisme de connivence normatif dont, depuis leurs bureaux et leurs power points de cabinets de conseil, ils ne mesurent pas le caractère totalitaire, mais force est de reconnaître que leur modèle ne sert essentiellement- quoiqu’ils en disent - que les intérêts d’une élite mondialisée, sans aucun respect pour les libertés individuelles.
Ils ne sont d’ailleurs pas les premiers à promouvoir un tel système. D’autres, avant eux, se sont essayés à l’exercice (par exemple Attali).
Ce livre n’est pas un plan secret ni un complot caché. Tout y est dit. Tout est public. On peut ne pas être d’accord sur la manière d’en parler mais en parler n’est pas complotiste.