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Article de J.P. Matheron 26/05/2026
L’ECOSYSTEME ESG
Les critères ESG et DEI
Et leur mise en œuvre qui détruit l’économie réelle à l’heure de la facturation électronique obligatoire
Introduction
Depuis le début du XXIᵉ siècle, les critères ESG et les politiques DEI, compte tenu du narratif climatique et de l’idéologie woke, sont devenus des références importantes dans l’évaluation des entreprises et l’orientation des investissements.
Ces notions, très marquées idéologiquement et largement issues du monde anglo-saxon, reposent sur l’idée que la performance d’une entreprise ne doit pas être évaluée uniquement à travers ses résultats financiers, mais également à travers son impact « environnemental, social et institutionnel ».
Ce « paradigme » a obtenu sa consécration dans le fameux livre de Schwab et Malleret et le mouvement du Great Reset qui s’en est suivi à Davos.
Ces critères correspondent à un bulletin de notes attribué à chaque entreprise cotée (et de plus en plus à des non-cotées) par quatre grandes agences privées, après publication laborieuse de rapports volumineux imposés par des institutions technocratiques.
Propulsés par l’idéologie dominante et ses poncifs, ils influencent aujourd’hui les décisions d’investissement, la réglementation financière, la stratégie des entreprises et les politiques publiques.
Cet article présente une description de ce système. Il fait suite à mes précédents papiers sur le Great Reset (ici et là).
1. Définition des critères ESG et DEI el leurs origines
1.1 L’acronyme ESG (Environnement, Social et Gouvernance)
Les critères ESG constituent un ensemble d’indicateurs utilisés pour évaluer la performance extra-financière des entreprises. Ils visent à mesurer des facteurs qui peuvent influencer la « durabilité » et les risques à long terme. Dans le jargon mondialiste à la mode, on parle de « finance durable ». Par « durabilité », il faut entendre renoncer à la croissance en se privant des ressources au profit d’une « croissance verte » reposant sur du vent (sans jeu de mots pourtant approprié) et veiller à ce que les employés, contraints à la sobriété, ne soient pas trop pauvres pour se révolter contre cette nouvelle économie.
· Environnement
La dimension environnementale concerne l’impact de l’entreprise sur les écosystèmes naturels. Les indicateurs utilisés incluent notamment les émissions de gaz à effet de serre de l’organisation, sa consommation d’énergie, son utilisation de ressources naturelles, sa gestion de l’eau et des déchets et son impact sur la biodiversité. Un enfer bureaucratique pour beaucoup d’entreprises au nom d’un changement climatique qualifié de risque existentiel et dont le caractère anthropique, bien que supposé de consensus scientifique, est contesté par de nombreux chercheurs, malheureusement invisibilisés (tels le prix Nobel Jonh Clauser).
Plus encore, certaines entreprises veulent (par besoin de notoriété ou de markéting) ou sont contraintes d’adopter un plan de neutralité carbone.
Ces plans « net zéro » sont des stratégies choisies par les (ou imposées aux) entreprises pour atteindre un niveau d’émissions de gaz à effet de serre nul en bilan net. Cela signifie qu’elles cherchent d’abord à réduire leurs émissions au maximum, puis à compenser les émissions restantes par des mécanismes comme la reforestation ou l’achat de crédits carbone. Ces stratégies se sont développées notamment après l’Accord de Paris.
Dans son délire normatif, l’Union européenne oblige certaines entreprises à publier ces informations climatiques dans le cadre de la réglementation adoptée par la Commission Européenne. Ces obligations concernent notamment : les grandes entreprises, les sociétés cotées et certaines institutions financières.
Les entreprises commencent généralement par mesurer leurs émissions à travers un bilan carbone. Ces émissions sont classées en trois catégories : Scope 1 (émissions directes de l’entreprise), Scope 2 (émissions liées à l’énergie consommée) et Scope 3 (émissions indirectes provenant de la chaîne d’approvisionnement ou de l’utilisation des produits). Une fois ces émissions identifiées, l’entreprise fixe des objectifs de réduction, souvent à horizon 2030 ou 2050.
Les plans « net zéro » concernent principalement les grandes entreprises multinationales, notamment celles cotées en bourse, qui sont soumises à la pression des investisseurs et aux exigences de transparence ESG. Ils sont particulièrement importants dans les secteurs fortement émetteurs, comme l’énergie, l’industrie lourde, le transport ou la chimie.
Les institutions financières sont également concernées, car elles financent des projets et peuvent influencer les émissions indirectes liées à leurs investissements : des financements « toxiques » qui empêchent de « sauver la planète ».
Enfin, ces stratégies s’étendent progressivement aux chaînes d’approvisionnement, car les grandes entreprises demandent souvent à leurs fournisseurs de réduire leurs propres émissions.
Ainsi, même si toutes les entreprises ne sont pas directement obligées d’adopter un plan net zéro, la combinaison de la réglementation, des attentes des investisseurs et des engagements climatiques, plus ou moins forcés, tend à diffuser ces stratégies dans une part croissante de l’économie mondiale.
· Le Social
La dimension sociale concerne les relations de l’entreprise avec les individus et les communautés : sécurité et conditions de travail, respect des droits humains, diversité et égalité professionnelle (pourcentage de femmes et de minorités raciales ou sexuelles dans les instances dirigeantes, écart de salaires, conditions de travail chez les sous-traitants), relations avec les consommateurs et impact sur les communautés locales. A « la planète » on ajoute « les gens » mais selon un mode d’emploi normatif laissant peu de places aux initiatives spontanées. Le Bien est défini par ceux qui savent.
· La Gouvernance
La dimension gouvernance concerne les structures de direction et les mécanismes de contrôle : indépendance du conseil d’administration -proportion d’administrateurs indépendants : des gens qui ne connaissent rien au métier concerné mais qui « cochent toutes les cases » -, transparence fiscale, absence de corruption et rémunération des dirigeants. De bien belles intentions !
Une entreprise mal notée ESG perd des financements, des clients et, à terme, sa « licence sociale d’opérer », c’est-à-dire son acceptabilité sociale
1.2 L’acronyme DEI (Diversité, Equité, Inclusion)
DEI est le « S » de l’ESG poussé à son maximum. On ne se contente plus d’égalité des chances ; on exige une égalité des résultats avec des objectifs chiffrés précis de représentation (femmes, minorités visibles, personnes LGBTQ+) à tous les niveaux hiérarchiques.
Ces objectifs ne sont pas toujours imposés par la loi, mais sont très fortement recommandés – voire exigés – par les grands actionnaires institutionnels. On appelle aussi cela : discrimination positive. En bref des quotas de femmes, de « racialisés », de LGBT, au détriment des critères de compétence. Il s’agit de ce qu’on appelle le « capitalisme woke ».
2. Les acteurs du système ESG
Une BD qui résume tout :
2.1 Les acteurs politiques, institutionnels et financiers
On trouve d’abord les organisations internationales (ONU, OCDE, GIEC, Forum économique mondial, etc.). Ces institutions élaborent des principes généraux en matière de climat, de « durabilité » ou de « gouvernance ». Ceux-ci peuvent ensuite être discutés et négociés avec les pouvoirs publics.
Les pouvoirs publics — États, Union européenne et banques centrales — jouent un rôle central dans la traduction de ces principes en politiques concrètes. Ils adoptent des réglementations, définissent des normes et mettent en place différents instruments économiques, comme les subventions ou les marchés de quotas d’émissions de CO₂.
Autour d’eux, les ONG et organisations activistes – porteuses d’une idéologie « progressiste » et d’écologie politique – jouent un rôle important : lobbying institutionnel, campagnes de dénigrement, demandes de boycotts et pression réputationnelle. Loin d’être des contre-pouvoirs, elles fournissent la légitimité « sociétale » indispensable au système. Les médias contribuent à la diffusion de ces informations auprès des populations, ce qui peut provoquer des boycotts. ONG et médias sont souvent subventionnés.
Le système financier occupe une place importante dans le dispositif. Les populations constituent une source principale de l’épargne qui alimente les banques et les gestionnaires d’actifs (BalckRock et autres). Ces derniers investissent ensuite dans les entreprises, leur accordent des financements, achètent des obligations « vertes » souveraines aux pouvoirs publics (contribuant à leur endettement) ou des obligations « vertes » à de « bonnes entreprises » (contribuant ainsi à leurs financements). Leur pouvoir est immense auprès de grandes entreprises dont elles détiennent des actions (pouvoir actionnarial). Enfin, ils peuvent financer indirectement certaines ONG, via des fondations.
Quant aux banques, elles peuvent accorder des prêts verts aux entreprises « vertueuses ».
Les gestionnaires d’actifs et les banques utilisent les scores ESG et d’autres informations pour orienter leurs décisions d’investissement (ou de désinvestissement) ou de crédit.
On notera également l’existence de marchés spécifiques, comme les marchés de quotas d’émissions de CO₂, sur lesquels les entreprises peuvent acheter ou vendre des droits d’émission.
Enfin les pouvoirs publics subventionnent massivement les industries « vertes » qui, d’ailleurs, exercent un lobbying sur eux
2.2 Les infrastructures de normalisation et d’évaluation
Un second groupe d’acteurs est constitué par les organismes de standardisation et les agences de notation ESG. Les organismes de standardisation élaborent des méthodologies et des indicateurs techniques permettant de mesurer les performances « environnementales, sociales et de gouvernance » des entreprises.
Les agences de notation ESG utilisent ensuite ces méthodologies pour évaluer les entreprises et produire des scores ESG. Ces scores constituent une information synthétique destinée notamment aux investisseurs.
Quant aux cabinets de conseil, auditeurs et éditeurs de logiciels ESG, ils « accompagnent » les entreprises dans la mise en place des procédures de reporting, dans la collecte des données et dans la conformité aux normes, profitant ainsi de l’opportunité de monétiser la contrainte qu’ils contribuent à imposer.
2.3 Entreprises au centre du système
Au centre du dispositif, les entreprises subissent une pluie de contraintes : réglementation publique coercitive, quotas de CO₂, scores ESG obligatoires, contraintes imposées à leurs fournisseurs, reporting incessant. Elles sont soumises à un alignement d’intérêts entre les pouvoirs publics (UE, États, banques centrales), la finance internationale (BlackRock et consorts) et la pression sociétale.
Elles sont évaluées par les agences de notation. En fonction de ces évaluations, elles peuvent bénéficier d’investissements, de prêts ou d’autres formes de financement. Elles interagissent également avec les cabinets de conseil et les fournisseurs de services ESG qui les « assistent » dans la mise en œuvre des normes imposées et dans la production des rapports obligatoires.
Les exigences ESG peuvent se diffuser dans l’économie réelle. Les entreprises peuvent imposer des contraintes environnementales ou sociales à leurs fournisseurs, ce qui étend ces normes à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. Elles peuvent aussi s’échanger entre elles des quotas de CO2 (marché du carbone).
Quelques entreprises triées sur le volet – celles des énergies renouvelables, des protéines alternatives, des voitures électriques et des fournisseurs de chaînes d’approvisionnement « durables » – sortent grandes gagnantes : subventions massives, mandats d’achat obligatoires, accès prioritaire aux capitaux et création de marchés captifs protégés. Pour elles, l’ESG est une rente de situation.
Pour la grande majorité des entreprises traditionnelles – industrie lourde, énergie conventionnelle, agriculture intensive, transport, chimie, métallurgie, PME – le même système est purement destructeur : coûts de conformité exorbitants, perte de compétitivité face aux concurrents extra-européens, désinvestissements forcés, faillites en cascade et suppressions massives d’emplois.
On réalise l’ampleur de cette destruction imposée par l’idéologie : on sacrifie froidement l’économie réelle, des millions d’emplois et la souveraineté industrielle sur l’autel d’une idéal décarbonateur totalisant, imposé par une caste politico-financière qui profite du système.
3. La connivence entre les acteurs de pouvoir et les acteurs de conformité
On notera les convergences d’intérêts entre certains acteurs. Ces intérêts sont soutenus par des acteurs de conformité.
3.1 Convergence activisme-pouvoirs publics
Les ONG coopèrent avec les organisations internationales, exercent des pressions politiques sur les pouvoirs publics et peuvent recevoir des subventions de ces derniers.
3.2 Convergence activisme-gestionnaires d’actifs
Les gestionnaires d’actifs peuvent subventionner des ONG indirectement, via des fondations.
3.3 Convergences gestionnaires d’actifs-pouvoirs publics
Les gestionnaires d’actifs exercent du lobbying auprès des pouvoirs publics. Ils peuvent leur acheter des obligations vertes souveraines et recevoir d’eux des mandats publics.
Notons que les entreprises « vertes » (éolien, solaire, protéines alternatives, économie circulaire, etc…), celles qui reçoivent le plus de financement des gestionnaires d’actifs et des banques, exercent du lobbying auprès des pouvoirs publics et sont massivement financés par eux. C’est ce qu’on appelle les partenariats public-privé (ou capitalisme de connivence classique).
3.4 Triple connivence
On retrouve ainsi la triple connivence détectée lors de mon article sur la lecture de COVID-19 : The Great Reset ( lien ici) :
- Les Etats et l’UE fixent les normes et les réglementations,
- Les activistes font du bruit,
- Les gestionnaires d’actifs orientent les flux de capitaux.
Tous convergent structurellement – sans que ce soit coordonné – dans la même direction : la sainte décarbonation.
3.5 Acteurs de conformité
Le système ESG possède une infrastructure de conformité, complétant la connivence évoquée.
Les organismes de standardisation fournissent des indicateurs techniques aux pouvoirs publics et des méthodologies aux agences de notation. Celles-ci fournissent les scores ESG des entreprises.
Les cabinets ESG et les producteurs de logiciels ESG aident les entreprises, moyennant finance, à se « dépatouiller » avec les contraintes ESG et bénéficient ainsi de rentes en vendant du vent.
3.6 Le triangle des pouvoirs
La figure suivante résume ce qui vient d’être dit sous forme synthétique. On distingue un système de pouvoirs ESG (certains diront un système de pilotage) et un système opérationnel ESG (celui des entreprises).
Dans le premier système, le pouvoir militant (ONG, activistes, médias subventionnés) exerce un pouvoir réputationnel sur les entreprises, le pouvoir institutionnel (organisations internationales, UE, Etats, banques centrales) un pouvoir réglementaire et normatif et le pouvoir financier (gestionnaires d’actifs, banques) un pouvoir financier. Une connivence triangulaire règne entre les trois.
Le pouvoir institutionnel s’appuie sur une infrastructure informationnelle (organismes de standardisation, agences de notation ESG) et le système opérationnel (entreprises) sur une autre (cabinets de conseils et producteurs de logiciels ESG).
L’État et l’UE exercent un pouvoir considérable, en parfaite connivence avec la finance globale et les organisations de gauche écologiste. La performance ESG n’est plus une option. Elle est devenue une condition de survie imposée par un système totalisant qui a fait de la décarbonation un impératif non négociable, au détriment de toute liberté économique et de toute rationalité industrielle
Cet aspect totalitaire apparaît avec clarté dans le rôle démesuré de l’Union européenne. Véritable super-État normatif, l’UE dicte, impose et sanctionne à l’échelle continentale via une avalanche de directives, de taxonomies vertes et de règlements extraterritoriaux.
L’Union Européenne ne se contente pas de réguler : elle subordonne l’ensemble de l’économie à son dogme décarbonateur, en étouffant toute contestation sous le poids de « l’urgence climatique et de la « science établie ».
Conclusion
A l’heure où la mondialisation échoue et où les économies occidentales ont abandonné leurs industries, le concept de péril climatique est venu à point nommé pour permettre aux grands groupes mondialisés de trouver une nouvelle manière de faire du profit sur des marchés créés artificiellement mais engendrant des flux financiers considérables qui, malheureusement, n’ont aucune création de richesses pour contrepartie et reposent en grande partie sur des subventions, elles-mêmes issues d’impôts, de taxes et d’endettement.
Le capitalisme des parties prenantes et les partenariats public-privé ne profitent pas à « la société » ou à « la planète ». Ils profitent à une dizaine de fonds géants et à leurs alliés (GAFAM, cabinets de conseil, médias possédés par les mêmes), qui sont devenus les véritables législateurs, juges et exécuteurs du monde économique, en toute connivence avec une gauche écolo-progressiste néolibérale (ONG) et le pouvoir réglementaire (UE).
Dans mes articles sur le Great Reset (ici et là), j’en étais arrivé à la conclusion que Davos propageait une idéologie totalitaire bâtie sur la peur du changement climatique et conduisant à un capitalisme de connivence normatif. L’écosystème ESG est la mise en œuvre de cette idéologie, tout particulièrement par l’Union Européenne.
Les États et les lois nationales ne sont plus que les exécutants de ce nouveau système : une croissance sans ressources réelles qui profite à quelques-uns, condamnant la majorité à se contenter d’une sobriété heureuse destinée à « sauver la planète ».
L’ESG est une usine à conformité imposée qui, sous couvert de nobles objectifs, conduit à des résultats douteux, avec l’arme politique de la peur climatique qui profite aux grands fonds et à leurs alliés : les contribuables et les entreprises qui créent de la vraie richesse paient tandis que l’UE, les ONG, les cabinets et les grands fonds décident.
L’ESG est un instrument de domination totalitaire, à l’opposé du bon sens, de la liberté et de la responsabilité.
Notons, cependant, que depuis 2024, la tendance s’est inversée ; les USA ont quitté les accords de Paris ; de nombreuses entreprises ont abandonné l’ESG et même BlackRock revoit ses positions sur ce sujet, d’autant plus que le GIEC est devenu un peu moins alarmiste à propos du « péril climatique ». Seules l’Union Européenne et la Grande Bretagne persistent.
Le Great Reset n’a pas encore gagné.