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Article de J.P. Matheron 7/05/2026
PARCOURIR LE WEF
A l’heure où une immense pénurie se profile en raison de la guerre au moyen orient, Macron a déclaré que c’était une opportunité pour accélérer la transition énergétique.
Après mon article sur l’analyse du livre COVID-19 : The Great Reset de Schwab et Malleret, il m’a semblé utile de le prolonger en étudiants les publications du forum dit de Davos qui concrétisent la théorie du Great Reset. En effet, elles constituent le ciment de l’idéologie de l’Union Européenne. C’est pourquoi il m’a paru utile de faire un petit tour du côté de Davos.
Vous trouverez ci-dessous l’essentiel de ce qu’il faut retenir. Si, toutefois, vous avez quelques doutes concernant mes propos,
je vous invite à télécharger le PDF pour vérifier par vous-mêmes.
1) Remarque générale
Le WEF (comme son nom l’indique) est essentiellement un think tank mondialiste, donc un laboratoire d’idées destiné à influencer les autorités mondiales (institutions, grandes multinationales) mais, lui-même, influencé par les idées émergeant de ces dernières.
Les naïfs pourraient croire que les élites, collaborant au WEF, discutent entre elles de la manière de s’enrichir sur le dos des travailleurs. Il n’en est rien, ni dans les paroles publiques, ni dans les articles – même si, probablement, les participants du forum profitent des réunions annuelles pour discuter « business ».
Comme on a pu le constater au travers des articles évoqués ci-dessus, le ton est plutôt « de gauche », mais de cette gauche néolibérale (progressiste) qui s’est donnée au mondialisme et qui s’oppose, en conséquence, aux Etats-Nations et donc au « nationalisme » et au « populisme » qui entravent la globalisation.
Les préoccupations sont donc mondiales. Les davosiens souhaitent sincèrement le bonheur, ou plutôt le bien-être de l’humanité (« les gens et la planète »), mais en tant qu’experts : les publications analysées traduisent une production cohérente de normes visant à orienter les politiques publiques et les comportements économiques et individuels à l’échelle transnationale. Ces normes sont contraignantes, laissant peu de place à des initiatives spontanées.
Les davosiens ont donc une vision verticale et sont convaincus de l’unicité de leurs solutions et de leur expertise.
Bien entendu – et cela n’a rien de surprenant, la contradiction étant un attribut de l’être humain – certains ne pourront s’empêcher de constater le décalage entre les intentions et les comportements : prêcher la marche à pied et le vélo pour le bien de la planète et venir à Davos en jets privés – « Faites comme je dis et ne faites pas comme je fais ». Il est vrai qu’œuvrer au bonheur de l’humanité n’empêche pas de faire de bonnes affaires.
2) Thèmes récurrents
Le parcours des différentes publications ci-dessus permet de dégager un certain nombre de thèmes :
· Des solutions normatives transnationales face à des risques jugés systémiques et existentiels.
· La lutte contre le changement climatique (thème dominant et risque systémique majeur à moyen ou long terme).
· La santé face aux risques pandémiques (autres risques systémiques).
· La montée du « populisme », du « nationalisme » et de la « désinformation » (risque systémique à court terme).
· L’innovation technologique comme instrument majeur face aux risques systémiques.
· La valeur à long terme (croissance » verte » dans la sobriété (sans gaspillage des ressources).
· Les inégalités (y compris vis-à-vis des femmes, des minorités LGBT et des « racisés ») mélangeant les inégalités sociales et les inégalités sociétales, facteurs de troubles sociaux possibles. D’où la nécessité de rendre la croissance verte « inclusive ».
· Une référence répétée à la société civile en soutien de cette croissance « verte et inclusive ».
· Un appel à la modification des comportements (sobriété verte).
· Un appel incessant à des réglementations, normes, taxes ou subventions (selon le cas) de la part des états ou supra états (tels l’UE) pour une redistribution et une égalité « inclusive » et pour un financement des technologies vertes et de santé.
· Une dénonciation des réseaux sociaux, vecteurs de « désinformation » (« populiste » ou « nationaliste »).
Ces thèmes ne sont pas juxtaposés : ils sont articulés autour d’une logique de gestion des risques systémiques nécessitant coordination et harmonisation normative et technologique.
3) Idéologie
On peut dégager de ces remarques l’interprétation suivante.
1. Le cœur de l’idéologie mondialiste est basé sur la croyance au péril du changement climatique (croyance largement partagée) ainsi, accessoirement, qu’au péril pandémique mais avec la conviction que la révolution technologique permettra de faire face à ces menaces.
D’où des préconisations extrêmement coûteuses : éolien, solaire, voiture électrique, rénovation thermique des bâtiments, économie circulaire, villes de 15 minutes ou villes intelligentes, protéines alternatives, etc… pour le changement climatique, et vaccins ARNm et plus généralement technologie ARN ainsi que surveillance médicale connectée, pour le péril pandémique, le tout pour « une croissance verte, durable et inclusive » déconnectée des ressources et du PIB mais créatrice de valeur à long terme.
2. Par ailleurs, aux laissés pour compte actuels de la mondialisation risque de s’ajouter la masse de chômeurs à venir du fait de la révolution technologique (en particulier de l’IA). Il convient donc d’éviter les colères populaires et ce que les élites mondialisées considèrent comme « la montée du populisme », en mettant en œuvre de fortes politiques sociales (impôts sur les « privilégiés » - c’est-à-dire, en pratique et compte tenu du déclassement accéléré des populations occidentales, les classes moyennes -, endettements publics et « planche à billets »), d’autant plus que les politiques climatiques supposent une décroissance et donc de la sobriété (la fin de l’abondance).
Il faudra donc rendre la pauvreté supportable via ces « filets de sécurité » (comme le pain et les jeux dans la Rome antique). C’est du moins une interprétation que je ne suis pas seul à formuler.
3. Pour réaliser ces objectifs, les pouvoir publics devront imposer des normes et des réglementations en faveur de cette « croissance verte » (interdiction des voitures thermiques, réduction des cheptels, ZFE, etc..) et des subventions massives pour les industries vertes (voiture électrique, éolien, solaire, etc…).
Mais il faudra également réorienter les flux financiers via « la finance durable » (critères ESG), mais aussi l’opinion de type « nouvelle gauche » ou « écologie politique » en ajoutant des critères sociétaux (wokes) aux mesures sociales (DEI).
Ceci suppose une captation des pouvoirs publics par les grandes multinationales (capitalisme de connivence) mais aussi par des alliances objectives avec des ONG et des organisations militantes (socialisme de connivence), en particulier concernant des considérations écologiques ou sociétales.
4. Conscientes de la probable insuffisance des mesures sociales, de la difficile acceptabilité des nouveaux comportements demandés (sobriété, marche, vélo, etc…) et de la progression du « populisme » dans l’opinion, en particulier sur les réseaux sociaux, les élites mondialisées sont de plus en favorables à une plus forte régulation de ces derniers, voire à une censure (au nom de la désinformation, de la haine en ligne ou de la protection des enfants) et même à un contrôle social généralisé (portefeuille d’identité numérique).
Cette idéologie mondialiste s’appuie sur les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU. Le WEF la formalise et joue de son pouvoir d’influence pour la propager et même la mettre en œuvre (via ses young global leaders tels que Starmer, Macron, Trudeau, Sandra Marin et d’autres).
Il ne s’agit pas d’un rejet du capitalisme (au sens strict), mais de sa reconfiguration normative – à la base d’inspiration sociale-démocrate, mais structurellement étendu à la domination de la sphère privée - : un capitalisme régulé, orienté vers la « finance durable », et encadré par des standards transnationaux qui contraignent non seulement les marchés (à l’opposé du « laisser faire »), mais aussi les comportements collectifs et individuels, dans un objectif universel de décarbonation.
Dans mon article sur la lecture du livre de Schwab et Malleret, j’arrivais à la conclusion que ce capitalisme écolo-socialiste captateur du pouvoir par les normes pouvait être qualifié de capitalisme de connivence normatif.
Ce capitalisme de connivence normatif est à la fois un capitalisme de connivence de style classique (collusion entre haute administration et grands groupes) et un écolo-socialisme de connivence (convergence entre des organisations militantes, des grands fonds et des institutions créatrices de norme) ; il est structurellement vertical et normatif et fondé sur le pouvoir réglementaire de l’Etat et des institutions supranationales.
4) De la société sans classes à la société sans carbone
Comme les communistes avaient voulu mettre en œuvre la société sans classe en vue de faire le bonheur d’un homme nouveau, libéré de l’aliénation sociale, ce capitalisme de connivence normatif veut mettre en œuvre la société numérique sans carbone pour faire le bonheur d’un autre homme nouveau vivant sobrement dans le respect de la planète.
Dans les deux cas, tout le pouvoir est dans la main de l’Etat (ou Supra Etat) qui impose verticalement comment se fera le bonheur des gens. Il réglemente tout ce qui doit être fait, comment on doit vivre, dans le premier par la peur du goulag, dans le second par celle du changement climatique et de l’exclusion sociale de ceux qui rejettent la dramatisation de ce péril existentiel.
Dans le premier cas, l’Etat (ou supra Etat) est capté par le parti communiste, dans le second par des élites mondialisées. Dans les deux cas, il l’est par l’idéologie.
Dans les deux cas on invoque la justice sociale avec l’appui de militants, dans le premier des militants communistes et sympathisants, dans le second des militants écologistes ou progressistes, des ONG et, même si c’est inconscient, de l’ultra gauche.
Enfin, dans les deux cas il y a des profiteurs, dans le premier les « apparatchiks », dans le second les industriels de la transition énergétique, de l’économie circulaire ou des protéines alternatives, les grands laboratoires et les GAFAM. La sobriété pour tous, sauf pour quelques-uns.
Les communistes prônaient la justice sociale pour parvenir au pouvoir au nom de l’idéologie marxiste. Les élites mondialisées l’utilisent pour garder le pouvoir au nom de l’idéologie climatique. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une logique de domination.
Conclusion
Ainsi le modèle davosien est totalitaire. Cette affirmation se heurtera à l’indignation horrifiée du lecteur qui m’objectera que j’exagère, que Davos n’est pas la Corée du nord et que, même si elle peut paraitre dogmatique et sujette à des dérives autoritaires, son idéologie ne peut être qualifiée de totalitaire : elle ne prône aucun parti unique ni aucun camp de concentration.
Je répondrai à mon contradicteur qu’il voit le totalitarisme sous le prisme de ses manifestations lors du XXème siècle (dictature, goulag, police politique, etc…). Il ne voit que le totalitarisme des heures sombres. Il ne voit pas celui, plus sournois, des heures grises du XXIème siècle, où le camp de concentration physique est remplacé par celui de l’exclusion sociale et la terreur des masses par l’ingénierie sociale.
Le totalitarisme, quelle que soit sa forme, soumet toutes les activités de la société à une fin unique : la société sans classes pour le communisme, la société sans races inférieures pour le nazisme, la société sans carbone pour Davos.
Tout doit être mobilisé en vue de cette fin unique, ce but ultime considéré comme la valeur morale supérieure : économie, culture, médias, vie sociale ou privée.
Je ne suis pas le seul à parler de totalitarisme : le philosophe Drieu Godefridi ou l’ancien fonctionnaire européen, spécialiste de l’écologie et de l’énergie, Samuel Furfari, disent sensiblement la même chose (cf. Références ci-dessous).
Cet objectif de décarbonation, par définition collectif, prime sur ceux des individus. Il s’abrite derrière l’alibi scientifique que nul ne peut contester. Il est planificateur. Il est intolérant parce qu’il croit être le bien.
L’idéologie de Davos est structurellement totalitaire : un totalitarisme normatif qui, comme les autres totalitarismes, préconise l’avènement d’un homme nouveau : ici l’homme sobre, respectueux de la planète.
Ainsi, là où au XXe siècle, le communisme promettait l’émancipation par la création d’un homme nouveau libéré de l’aliénation ou le nazisme un homme nouveau de race pure, le XXIe siècle davosien promet la rédemption par la création d’un homme nouveau dans la neutralité carbone.